ManiFeste

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Se déplacer vers la suspension

Au début il y a des points d'interrogations et une curiosité avide en quête de réponses.

Mais les réponses manquent, les certitudes s’ébranlent.

Dans cet horizon de profonde incertitude, un point de suspensions possible apparaît :

reprendre le pouvoir

Alors on se déplace, on fait apparaître le mouvement.

 

 

Dilater la simultanéité ou renommer

Réinventer ou élargir la réalité n’est pas possible si une manière normalisée de penser reste en place.

Des réponses justes ne peuvent apparaître que si des points de vue différents dialoguent.

Les différences, les tensions ne font qu’enrichir les réponses qui seront créées. Différents points de vue, différentes disciplines, différents types de corps qui se mêlent, qui s’entre-croissent, qui s’expriment simultanément, laissant percevoir la complexité du réel.

La création consiste à détourner, à dévoiler d’autres routes possibles. Nous sommes en train de travailler la terre pour construire notre chemin.

Élargir les possibles.

Casser la définition de la normale

L’art est un outil de communication. Partant du principe que chacun a une manière singulière et précieuse de voir le monde, mais ne comprenant pas pourquoi des critères et/ou des valeurs            accorderaient plus de légitimité à la voix de quelques-uns plutôt qu'à la voix de certains autres, nous nous engageons à visibiliser et à entendre les personnes jugés « hors-normes »: sortant de la normale, sortant de l’habituel. La notion de « hors-normes »  devrait remplacer celle du « handicap », terme qui ne définit rien mais qui se contente de réduire certaines personnes à un manque. Ce sont des corps inconnus face aux corps connus de la normalité.

S’il y a quelque chose qui manque, ce sont des possibilités pour que les personnes en situation de handicap soient reconnues comme des personnes « normales ». 

Des nouvelles formes de représentation

Si la réalité n’a pas de sens, il n’y a pas des manières légitimes et illégitimes de la représenter.

Représenter n’est pas reproduire.

Représenter est faire apparaître devant les autres les terres de dedans de chaque être.

Représenter est faire entendre ses langages.

C’est se re-présenter devant les autres, sans suivre des contraintes de perfection ni de ressemblance. Il s’agit de se regarder devant le miroir et tenter de transmettre ce que contient ce squelette. La justesse, l’authenticité entre ce que je veux communiquer et ce que je rends sensible est ce que nous comprenons par « re-présentation » : être dans le présent.

Un nouvel alphabet 

 

Pour nommer autrement il est nécessaire d’imaginaire un nouvel alphabet. Celui-ci est fait des lettres, des gestes, des couleurs, d’images, des textures, des sons, des répétitions, d’échos, des résonances, des silences, des respirations, des palpitations.

Il enter-croise et condense divers signes pour créer du sens dans une réalité labyrinthique qui n’en a pas.

Il nomme la réalité différemment. Il invente des nouvelles définitions en utilisant des vieux mots.

Le langage permet de s’exprimer, c’est-à-dire, d’éplucher la peau pour goûter ce qui se trouve à l’intérieur. Ce qui n’est pas perceptible au premier abord, ce qu’il faut palper avec d’autre sens que le regard.    

 

Ce manifeste est un alphabet sera l’outil pour bâtir des nouveaux champs narratifs

pour créer d’autres possibles.

L’alphabet élargit les regards.

Il déconstruit.

Il reconstruit les manières normatives:

de nommer

de penser

de (se) représenter

L’action artistique est une affaire de traduction

 

Chaque être renferme un monde. Dans cette terre de dedans un langage personnel et singulier est parlé. L’expression, telle que nous l’entendons, est une manière de rendre ce langage audible et visible aux autres. Néanmoins, pour que ce langage personnel (c’est-à-dire singulier) soit compris par d’autres personnes, un travail de traduction est nécessaire.

L’action artistique est ce processus de traduction : il transpose les signes personnels en des signes compréhensibles pour d’autres.

 

 

Les mots et les actions sont des armes secrètes

           

Les formes artistiques sont des armes colorées contre l’anesthésie et l’oubli. Ces armes secrètes  défendent et cultivent les mythologies personnelles propres à chacun. L’action artistique consiste à bâtir une maison éphémère qui accueille ces visions différentes, les rendant transmissibles aux autres.

La métamorphose est beauté

 

La beauté et son antonyme la laideur sont souvent des critères pour juger de l’œuvre artistique. Pourtant, en creusant la signification de cette notion, on s’aperçoit qu’elle comporte à la fois les critères d’universalité ainsi que des conceptions obéissant à des normes propres à une époque. La beauté est contingente: elle n'est pas établie une fois pour toutes, elle est tout le temps à refaire. Avec nos actions, avec nos textes et avec nos gestes nous voulons inviter les récepteurs à se requestionner sur ce que « beauté » veut dire : car, en effet, le charme qui touche et bouleverse les sens, l’esprit et l’âme peut aussi se retrouver dans ce qui, a priori, est « monstrueux » et donc laid. Des nouveaux territoires sont à explorer pour élargir la vraie notion de « beauté »: celle qui n'est pas figée, celle qui est en mouvement, celle qui est toujours en métamorphose.

 

Cartographier sans vouloir conquérir

Nous sommes des cartographes et nous explorons différents paysages, différents territoires qui n'ont pas encore été explorés. Nous nous promenons dans ces territoires et dessinons une carte à échelle humaine de nos trajectoires. Ce ne sont pas des cartes du monde, cette cartographie est déjà depuis longtemps établie. Ce sont des cartes de différentes terre de dedans, propres à la mythologie de chacun.        

La fragilité est résistante

 

Ces chemins sont souvent obscurs…mais ceux qui les traversent gardent la conviction de détenir un pouvoir magique. Il faut croire que l’on vole lorsque on reste suspendu à un point d’accroche, il faut voir plus loin lorsque la vague arrive et efface les traces du chemin parcouru.

Croire, créer et recommencer.

Sans cesse

Recommencer.

 Résister dans le bateau aux ancres fragiles.

Point de suspensions

Paris, février 2020

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